Elefantentreffen 1975, Les zélés fans d'extrême...

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Boyington
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Elefantentreffen 1975, Les zélés fans d'extrême...

Postpar Boyington » jeu. 16 juin 2016 19:54

ELEFANTENTREFFEN 1975, (Les zélés fans d'extrême...)
Passager en Yamaha 200 RD.

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Février 1975, un jeudi matin. Je circule en mobylette (Plus pour très longtemps, bientôt la Suz) et rejoins mes cours à l’ERBAAT (Ecole Régionale des Beaux-Arts et d’Architecture de Tourcoing), quand une voiture déboîte brutalement sans clignos, de sa file presque arrêtée, et me coupant la route. L’effet est immédiat : je pile, la mob part en travers (sol un peu verglacé), et c’est une belle glissade sur le dos, stoppée à deux doigts des roues de l’auto.

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En tombant j’ai eu tout de suite cette pensée : « Merde ! (Pardon…) Ah non, pas maintenant ! » Car le lendemain se réalise un projet de longue date: je m’en vais faire le “sac de sable” à l’arrière de la Yamaha 200 RD d’un pote des Beaux -Arts, direction l’Allemagne, pour la fameuse concentration des Eléphants, au circuit du Nürburgring. C’est compromis pour le coup… Bon, plus de peur que de mal : ma mob n’a rien de grave, et je n’ai que quelques égratignures.

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Vendredi en fin d’après-midi c’est le départ, à deux motos et quatre gars. La seconde bécane devait être une 450 four Honda, je n’ai plus de certitude. Je ressemble à un gros nounours, tellement j’ai enfilé de trucs contre le froid ! On se retrouve vite à rouler dans le noir, en cette période. Partis de Tourcoing, nous prenons routes et autoroutes passant par la Belgique, avec notamment avant l’Allemagne la traversée de Liège. J’ai là le souvenir marquant de notre remontée au ralenti, d’une longue rue désertée (Vu l’heure déjà tardive…), nous rinçant l’œil sans vergogne aux vitrines roses des demoiselles de nuit, s’exposant dans des tenues très minimalistes. De quoi oublier un moment le froid terrible de cette nuit.
Puis c’est l’entrée en Allemagne, avec bientôt une route plus étroite qu’avant, et de plus en plus de virages, montées et descentes également. Nous entourant aussi, des sapins, blanchis par le gel. Cette route semble briller, couverte parfois d’un peu de poudreuse.

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Progressivement je commence à trouver cela dur ; malgré ma position abritée derrière mon pilote, et mes multiples « pelures » protectrices (gilet Damart, lol, chemise épaisse, surchemise, gros pull, blouson, combi…), je tremble sérieusement, de partout ! (* J’ai lu récemment sur le blog d’un qui a fait les Elefs. 75, qu’il avait fait –10°C au Nürburgring ces jours-là. J’imagine donc que de nuit et en roulant c’était moins encore…)
C’est pendant ce temps que j’assiste, ahuri, pendant un bout de ligne droite, au petit rite du second passager : le gars enlève tranquillement ses gants (Aïe !), les pose devant lui, ouvre une poche de sa combi, sors son paquet de clope, en prend une (Comment avec les doigts quasi gelés ?!), descend un peu le cache-nez pour l’allumer (Il avait le Cromwell), et fume tranquillement comme si de rien n’était… Jusqu’où va-t-on quand on est accro au tabac ! Je n’imaginais pas.
Les km défilent, on mène bon train, malgré les virages de plus en plus fréquents. Un moment donné un besoin se fait sentir chez tout le monde, et nous sommes vraiment à la limite de l’état de congélation ! Mon conducteur se range sur un bas-côté, suivi de la deuxième moto. Il pose le pied pour béquiller, et… glisse, manquant de peu de nous faire vautrer tous les deux, bécane avec ! Je le vois après se diriger doucement vers la chaussée, y poser le pied et : « Put…, du verglas ! » Je ne me suis pas trop senti bien sur l’instant. Il allait être moins décontracté par la suite. Peut-être le poids plume de la 200 cc (116 kg à sec, vu dans un doct. d’époque) ne lui avait pas fait assez sentir le glissant de la route, mais l’autre ?! (vers les 200 kg) Bref, bonjour l’inconscience.
C’est enfin l’arrivée au Nürburgring, au milieu de la nuit, dans un paysage et une ambiance magiques : toujours les sapins blancs, une route blanche également, à l’allure de chemin mal carrossé, et plus ou moins noyés dans la brume, des tentes, des motos, des motards, partout, ainsi que des feux de camps allumés dans tous les coins. On se trouve vite fait un endroit pour se poser, on plante la tente sur l’herbe, une canadienne a priori trois places, et on se fourre très vite à quatre à l’intérieur, façon sardines. Les autres s’endorment. Pour moi rien à faire : on est trop compressés et j’ai horriblement froid. Je ressors et file vers un feu de bûches tout proche. Je vais passer la nuit assis là, un peu réchauffé au moins, à discuter de tout et de rien avec un groupe de motards allemands. (En anglais, ayant fait spanish en LV2 au bahut…)
Le matin, pour le moins vaseux (mais tous heureux d’y être), on va visiter les lieux à pied, assister au défilé incessant de bécanes de tout poil (Dont beaucoup de BM attelées), se réchauffer au bar, et assister en même temps aux descentes de bières monumentales des motards allemands. Le repas de midi arrive vite, un sandwich, puis c’est le redémarrage des bécanes, en vue de faire le tour du circuit (offert gratuitement à tous les motards venus aux Eléphants).

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*J’ai lu sur le Net que ce circuit appelé « l’enfert vert » faisait alors plus de 20 km, et comportait 176 virages ! En 80 il fut délaissé pour un nouveau construit un peu plus loin, de seulement 5,148 km, adapté aux F1 modernes.
On pose les roues sur le début de la piste, et c’est la cata : le moteur de la Yam se met tout à coup à ratatouiller, pour finir par caler. La grosse déception et un peu l’angoisse. Essais de remise en route en x coups de kick, mais rien à faire. Mon pote ne se décourage pas, il pousse la bécane vers le bord, et sort sa trousse à outils. Et le voilà qui trifouille partout dans son moulin. (Pour l’anecdote, il touchait bien en mécanique, et montait tous les soirs sa moto par l’ascenseur dans l’immeuble de ses parents, pour l’amener jusque dans sa chambre, ou parfois il démontait… :-) )
En l’occurrence il se passe bien une heure sans qu’il trouve l’origine de la panne. Les copains, eux, ont fait le tour du circuit, en attendant. Nouveaux essais de démarrage, et rien. Et puis c’est l’illumination : il se met au cul de la RD, et met son doigt (Oh, qu’allez-vous penser là ?!) … dans un des pots. Puis il suce son doigt (ben oui), et dit : « De l’eau… » Je ne capte rien, alors il explique : le moteur a tellement été soumis au froid, une fois arrivés, dans le restant de la nuit, qu’en le redémarrant il y a eu condensation, et donc de la flotte dans les cylindres. CQFD.
Bon, on fait quoi ? « Pas de panique… » Il se met à démonter les chicanes des pots d’échappement, je ne sais plus trop comment, puis coup de kick, et bonjour les oreilles, mais ça tourne ! Reste à espérer qu’on puisse revenir ainsi…

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Comme il commençait à se faire tard et qu’on rentrait le soir même (On commençait à être suffisamment refroidis pour ne pas s’éterniser), et vu le problème, on ne voulait pas trop traîner ; nous revoici sur la route en sens inverse.
Ce retour a été épique. Autant dire que tous les motards roulant derrière nous au début se sont empressés de nous doubler, et les copains de l’autre bécane ont toujours été devant aussi… J’ignore comment on ne s’est pas fait arrêter sur une aussi longue distance, ça tient du miracle.
Retour at home, morts de fatigue, et de bruit (Pour ceux de la RD200 du moins…), avec toutefois des souvenirs à vie (La preuve, je raconte tout cela comme si c’était hier), la fierté de pouvoir dire « on a fait les Elefs. (Bon, passager seulement dans mon cas, mais quand même…) », et surtout, surtout, on avait vécu les heures les plus froides de notre vie. (J'en suis toujours persuadé aujourd’hui)
Il m’en reste aussi une jolie médaille achetée sur place, avec sa petite plaque 1975 qui se balance dessous, médaille à laquelle je tiens énormément (pourtant je ne suis pas du tout fan de ce type d’objets, et de tout le flan qui les accompagne généralement), et le regret de n’avoir pas ajouté d’autres plaquettes d’années suivantes. Mais faut pas charrier non plus…

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Pour vivre un peu les Eléphants en direct, regardez cette vidéo de l’Ina, reportage en noir et blanc (ça tombe bien, il y avait de la neige) sur le rallye de 1970 :

http://www.ina.fr/economie-et-societe/v ... ts.fr.html

Et ce commentaire sur le site d’un « collègue » à moi, sauf que j’étais un peu plus âgé que lui à l’époque :
Ricou45
"C'est en 1975 que je suis allé aux Eleph. comme passager avec une Honda 450 CB K2 que conduisait mon regretté frère.
Belle expérience pour un gamin de 15 ans élevé dans le ***** familial et un bel appartement d'Ivry sur Seine. Certains de mes camarades n'avaient encore le luxe de la baignoire et des wc dans le logement. J'en ai bavé lors de cette semaine froide et enneigée, mais quel pied. On voit la vie d'un autre œil après cela.
Merci l'Ina de nous faire revivre ce moment fort."

Maintenant, pourquoi le nom d’ « Eléphants » ? Vous trouverez l’info, et d’autres intéressantes, sur ce lien Wiki. On y découvre en fait que tout commence en 1956, quand un certain Ernst Leverkus réunit ses copains motards, pour une concentration hivernale, qui ne comptait alors qu'une vingtaine de motos à side-cars, des Zundapp KS601, les fameux éléphants verts de marque allemande. Bref, une histoire d'amitié motarde, qui a pris au fil du temps des proportions que Leverkus n'imaginait pas alors:

https://fr.wikipedia.org/wiki/Les_%C3%89l%C3%A9phants

Et puis des photos couleurs sympas à voir sur ce site:

http://www.jarrige.fr/histoire-de-la-co ... elephants/

Enfin, pour se marrer un coup, cette planche BD sortie d'une de mes anciennes revues moto... qui n'est pas si loin de la vérité

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Et... qui aurait fait les Elefs une ou plusieurs fois, comme pilote ou sds, et pourrait en parler, chez les papys-mamies du fofo? J'adorerais les lire :wink: :D
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Re: Elefantentreffen 1975, Les zélés fans d'extrême...

Postpar franck37 » jeu. 16 juin 2016 22:02

c'était le dépucelage du gars Régis....A vous les studios...
blague à part, champion, gars.
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Re: Elefantentreffen 1975, Les zélés fans d'extrême...

Postpar Boyington » jeu. 16 juin 2016 22:35

Booaaah! La congélation plutôt :mrgreen:
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Re: Elefantentreffen 1975, Les zélés fans d'extrême...

Postpar Kiriki » jeu. 16 juin 2016 22:57

Boy........ tu es n|nn

Quel plaisir de lire tes posts qui font revivre pour beaucoup d'entre vous des moments inoubliables et pour moi qui arrive tard à la moto une petite pointe de regret.

J'en profite quand même au maximum et j'espère encore pour longtemps, mais la répression et les incivilités en tout genre gâchent un peu l'instant présent.

Encore merci pour tes CR :clap:

;v
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4,5 l/100
avec 95% de route et des trajets de 50km minimum. Pour la fiabilité, elle est totale sur la 600N comme sur la S ......

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Re: Elefantentreffen 1975, Les zélés fans d'extrême...

Postpar Boyington » ven. 17 juin 2016 10:14

Kiriki a écrit :Boy........ tu es n|nn
Quel plaisir de lire tes posts qui font revivre pour beaucoup d'entre vous des moments inoubliables et pour moi qui arrive tard à la moto une petite pointe de regret.
J'en profite quand même au maximum et j'espère encore pour longtemps, mais la répression et les incivilités en tout genre gâchent un peu l'instant présent.
Encore merci pour tes CR :clap:
;v


De rien Kiriki. J'ai pris aussi beaucoup de plaisir à écrire tous ces machins il y a quelques années. Je crois que c'est cette nouvelle époque de merde dont tu parles, et qu'on vit maintenant qui m'a poussé aussi, entre autre, à replonger dans tous ces agréables souvenirs, d'un temps où l'on se sentait libre, où l'on était pleinement heureux.
Encore que rouler de nuit en plein hiver par ces températures négatives extrêmes, c'est au final pas si agréable que ça. :roll: Aujourd'hui les années ont (bien!) passé, et je me dis qu'il faut être un peu maso pour se lancer dans des trucs pareils!
*D'ailleurs j'ai dû garder le côté maso de mes 20 ans, car il y a de fortes chances que j'aille aux Millevaches cet hiver... Mais bon, on n'a plus vraiment d'hiver, ça doit être de la rigolade aujourd'hui, à côté d'avant, quand il y avait encore de la neige... ('tain, je devrais me taire, à tous les coups ça va dégringoler cet hiver!!!)
Tu dis avoir des regrets d'être arrivé tard à la moto. J'en ai eu aussi de ne pas pouvoir me payer le permis A3 et m'offrir ma première "vraie" moto avant 1982... 7 ans de 125 avant d'enfin pouvoir! Ah j'ai bavé pendant des années à la vue ces rutilants gros cubes japonais qui me doublaient allègrement sur les routes. Mais bon, ma TSA m'a emmené un peu partout quand même en ce temps-là (Même faire un p'tit tour de la France en vacances), et j'en garde d'excellents souvenirs. Il faut faire avec ce qu'on a, et quand les rêves sont accomplis, ils n'existent plus (La Palisse :mrgreen: ).
Carpe diem.
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