Dunstall or not Dunstall...

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Boyington
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Dunstall or not Dunstall...

Postpar Boyington » lun. 8 août 2016 20:34

1975.(« L'alcool, non, l'eau furige..., firegu...,frigun... »)

Petite histoire un peu (beaucoup)...conne, vécue un jour par votre serviteur:
Printemps 1975. Non découragé par ma précédente sortie congelante aux Eléphants, je me laisse tenter par une nouvelle proposition de sortie moto, de mon pote et « pilote » de 200 RD: il s'agit de se rendre sur une journée (un samedi je pense) en Angleterre, et d'aller contempler les machines préparées par Paul Dunstall dans ses ateliers de Londres, ainsi que faire quelques emplettes en équipement moto.
Ce nom, Dunstall, m'interpelle tout de suite à l'époque. Paul Dunstall et ses prépas sympas de motos pour la course, faites sur la base de machines de série. J'ai en fait surtout en tête les carénages de ces bécanes, aperçus parfois dans des revues moto, mais aussi dans mon guide de 1973/1974.

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On y voyait notamment ces deux Honda et quatre Norton:

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Faire le sac de sable à nouveau (pas le choix, je n'ai encore qu'une mob...) me tente bien pour le coup, et j'acquiesce tout de suite. La virée se fera avec les mêmes qu'au Nurburgring, donc sur les Honda et Yam toujours.

Je me dois au passage de faire un aparté sur l'histoire intéressante de Paul Dunstall:
Le papa de Paul tient dans les années 50 un magasin de scooters à Londres. Paul apprécie, mais pense plus aux motos. En 1955, à l'âge de 16 ans, il se voit offrir la première, une Vélocette 350. Cette moto est plaisante à piloter, mais nécessite beaucoup de soin et d'entretien. Moins d'un an plus tard Paul passe sur une Norton 600cc Dominator. Déjà bien inspiré et doué, il a vite fait de la modifier, pour la rendre plus performante et joueuse.

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En 1958 il décide de commencer une carrière de pilote de course, et fait quelques belles places, notamment sur le circuit de Brands Hatch, au sud-est de Londres (dans le Kent). Il se rend compte bien vite pourtant, qu'il retire plus de plaisir et de satisfaction à préparer des machines, qu'à courir lui-même. Il arrête sa brève carrière de coureur dès 1959, et se consacre alors à plein temps à la préparation typée course de machines de série. (Ca passe par les pots d'échappement, les guidons bracelets, les cadres modifiés, les carénages spéciaux, etc.) Paul a flairé le vent: la mode pour la jeunesse anglaise est alors, dans les années 60 de posséder une machine trafiquée, performante, permettant de défier les copains dans des runs, organisés dans telle ou telle rue. Après quoi on va se boire une bière au café le plus proche...
Les « cafe-racers » viennent de naître, dénomination péjorative et moqueuse donnée à ces bécanes, par les « vrais » bikers, les purs et durs, les roule- toujours.
Ca baigne pour Paul donc, qui plane sur la vague montante des machines préparées course.

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De plus, en Angleterre pas de souci avec la loi pour rouler sur piste ou sur route, avec de telles motos. En France ce n'est pas le cas. Interdit. Sauf que l'on peut acheter une Dunstall et la faire rouler sur notre territoire...
Pour l'anecdote, Paul Dunstall verra dans cette décennie venir chez lui pour acheter, des célébrités, tel Steve Mac Queen.

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Les 60' passent, et les 70' annoncent le déclin progressif de l'entreprise. Les choses s'arrêteront définitivement dans les 80'.
Cependant la marque renaît en 2013, se limitant à la vente de quelques pièces semble-t-il. Voir ici:
http://dunstallmotorcycles.com/about/

Personnellement, en 75, j'ai trop envie de voir de près quelques-unes de ces prépas, comme mes copains déjà motards, eux. Le grand jour arrive, direction Calais. On embarque sur le ferry, et c'est parti pour environ une heure de traversée. C'est là que les choses se gâtent: émoustillés peut-être par le souvenir des monumentales beuveries allemandes, vues au Nurburgring, mes trois gus se plantent au bar, et consomment sous mon regard quelque peu inquiet bière sur bière, tout le temps de la traversée. *(En Allemagne savoir que le degré d'alcool des bibines est souvent moindre qu'ailleurs en Europe...) Pour ma part je ne suis pas du tout porté sur l'alcool (juste un peu plus aujourd'hui ;-) ), et je balise devant les faits, et au vu de l'état où ils se retrouvent à l'arrivée. Mon rêve du jour commence à se désintégrer. Tous les trois sont hilares, et tentent de me rassurer, « ça va aller, t'inquiètes ... »
Tu parles! Ca ne fait pas un pli. Mon conducteur enfourche péniblement la Yam, démarre et descend la rampe en zigzagant (je marche blanc comme un mort derrière...), puis se vautre sur le bitume de Douvres! Gloup!
L'autre s'en sort mieux, lui. Moi je dois être vert sur le coup désormais. Le pire (ou le mieux?...) se produit: des policemen s'approchent, et mon pilote se met à les traiter de tous les noms (en français heureusement!) Bref c'est foutu: ils confisquent les deux motos, et appellent une camionnette-ambulance, essayant de maîtriser le copain qui se démène. Nous voilà tous partis pour l'hôpital de campagne le plus proche, où les trois compères vont être mis à dégriser dans une pièce. Ils ont remarqué que j'étais clean, et je peux attendre dehors. Je fume ma pipe (la mode chez les étudiants aux Beaux-Arts à cette époque...), plus ou moins vidé et dégoûté, et attends, ne me faisant plus d'illusions sur la suite. Envolée la sortie sympa...
Ce n'est pas fini: d'un coup voilà mon conducteur qui sort en braillant, et qui prend la route à pied pour rejoindre Douvres!!
Je cours à l'accueil et baragouine en anglais, suppliant qu'on le rattrape. Au bout d'un moment, la réceptionniste un peu blasée bouge quand même ses fesses, et bientôt deux baraqués rattrapent et ramènent mon alcoolique de service. L'après-midi passe stupidement là, un sandwich avalé entre temps pour ma part, et on finit par nous ramener au ferry, les trois gus un peu dégrisés et moi tout penaud, mais surtout très énervé par ce gachis. Les policiers nous redonnent les bécanes, et nous renvoient fissa en France, avec interdiction orale de remettre les pieds en Angleterre. Je n'ai pas du tout le moral. Je me dis que je vais devoir conduire la Yam une fois en France, sans permis ni pratique, si mon pote est encore trop dans le cirage à l'arrivée...
Mais finalement il a retrouvé complètement ses esprits à Calais, et il ne fait pas le fier, tout comme les deux autres loustics. On rentre sans autre problème, avec moi derrière qui leur en veut à mort...
Ca restera une des plus grosses déceptions de ma jeunesse motarde. Peu après j'ai eu ma 125, et je ne suis plus jamais sorti avec mon pote, resté quand même en froid (au sens figuré cette fois, après le sens propre des Eléphs....) avec lui.
Aujourd'hui cette histoire me fait marrer, mais je suis resté énormément déçu malgré tout de n'avoir pu approcher les Dunstall.

Pour en terminer, je vous présente quelques Dunstall restaurées, qu'on peut visionner sur Internet:

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Re: Dunstall or not Dunstall...

Postpar Mabuse84 » lun. 8 août 2016 21:31

Très triste histoire, Papy...mais joli reportage...je ne connaissais pas ce préparateur, donc j'ai appris..Merci à toi..
J'aime bien les échappements d'époque, longs...Puis ils ont ensuite rajouté des contre cônes pour en faire les fameux mégaphones...
Une autre époque ou je rêvais de Norton Commando et de Triumph Bonneville à retapper avec des potes et aussi de barbour, cromwell et climax ...Les Honda débarquaient... suivies rapidement par les autres japonaises...Et nous avons suivi le mouvement...faute de moyens suffisants...

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Re: Dunstall or not Dunstall...

Postpar fanfan45 » mar. 9 août 2016 08:30

Drôle de mésaventure bien terminée, puisque pas d'accident, malgré la déception. Dans mon souvenir, j'associe uniquement le nom de Dunstall aux "silencieux" d'échappement. On devrait plutôt dire aux "bruyants" puisque c'était le but recherché avec un hypothétique troupeau de poneys supplémentaires. L'Angleterre était le magasin des motards au début des 70'. Avec un taux de change favorable et une culture motocycliste sportive bien plus développée qu'en france, on y trouvait un grand choix d'équipements et accessoires à un prix limite ridiculement bas, souvent rapidement revendus lors des concentres à des motards ayant moins facilement accès à l'Angleterre. Habitant Rouen, Dieppe à 60 km et un aller retour à moins de 50 francs (7,50€ :D ) nous y allions pratiquement tous les mois. Il est arrivé que nous prenions le premier bateau du matin et retour par le dernier le soir même. Nous allions faire nos courses à Londres :!: (Newhaven-Londres 80 km).
Quelle belle époque :lo:
Dans mon garage, il y a aussi:
Peugeot triporteur 125 55TN (1952),

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Re: Dunstall or not Dunstall...

Postpar Boyington » mar. 9 août 2016 09:37

A l'époque de ma 125 j'étais allé m'acheter à Londres un barbour Belstaff bien huilé (que j'ai encore! Mais je ne rentre plus dedans... :roll: ), un cuir Lewis, mon premier cuir, et une boîte de graisse à faire chauffer pour y baigner la chaîne démontée...
En plus c'était surtout des occasions d'aller en virée en GB, avec effectivement une livre pas encore trop chère.
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